Télé Loisirs a lancé cette semaine une application iPad. Jusqu’ici, la marque détenue par Prisma ne possédait qu’une application mobile. Cette dernière avait été mise-à-jour en janvier 2012 pour permettre la commande d’enregistrement d’un programme depuis un téléphone. A l’heure où le secteur de la télévision expérimente de nouveaux moyens d’intéresser les spectateurs, il était légitime d’attendre une application innovante de la part d’un des leaders français de la presse TV. Malheureusement, cette nouvelle application iPad se révèle être une simple déclinaison de l’application iPhone. Plutôt que de faire un test qui aurait trop rapidement révélé ma déception, il m’a semblé plus intéressant d’analyser les différentes applications de programme TV disponibles sur le marché français.
Les applications testées sont les suivantes :

Le test des applications prendra en compte plusieurs points : les pages d’accueil, les fonctions de recherche, l’éditorialisation, les fonctions annexes et l’intégration des médias sociaux.

Les pages d’accueil

La page d’accueil a une double importance. D’une part elle doit permettre à l’utilisateur de trouver facilement ce qu’il cherche et, d’autre part, elle doit donner un aperçu de l’ensemble des contenus et services accessibles depuis l’application.
Les différentes applications choisissent toutes de mettre en avant le programme TV de la soirée, mais elles le font chacune à leur manière. Ainsi, certaines ont choisi de montrer uniquement le programme de la soirée (Télérama, Télé Loisirs et Télé Z), tandis que d’autres mettent également d’autres types de contenus en page d’accueil. En effet, TV Magazine donne accès à des actualités et à des bandes-annonces. Mais la page d’accueil qui nous semble la plus intéressante est celle de Télé 7 qui met en avant à la fois une sélection de programmes, des actualités et des vidéos.

Les fonctions de recherche

Le principal usage d’un Magazine de programme TV est de rechercher un contenu à regarder, soit en ce moment, soit pour plus tard. D’une façon similaire aux programmes papier, les applications donnent logiquement plus de place aux programmes de la soirée à venir. Deux autres temporalités sont également présentes : « en ce moment » et « 2ème partie de soirée ». Enfin, une grille générale est disponible sur toutes les applications.

Si ces différentes fonctions peuvent se révéler amplement suffisantes pour que l’application remplisse son rôle d’aide au choix du programme, de nouvelles possibilités de recherche et de découverte de contenus font leur apparition. Une recherche simple permet ainsi de connaître la date de la prochaine diffusion d’un programme ou la prochaine apparition de votre acteur préféré. De ce point de vue, Télé Loisirs est de loin l’application la plus avancée, allant même jusqu’à proposer des filtres par catégories de programme (divertissement, cinéma, sport, jeunesse, etc.).

Mais d’une manière générale, malgré l’importance croissante des systèmes de découverte de contenus, ces fonctions se révèlent très peu développées au sein des applications. Il aurait pourtant été facile de mettre en place des tops (les plus consultés, les plus partagés, les mieux notés, etc.), de proposer une sélection de programmes similaires grâce à des systèmes de recommandation ou encore un module de recommandation personnalisé basé sur l’historique de l’utilisateur.
Dans un précédent travail sur le choix et la découverte de contenus dématérialisé, j’avais observé que l’éditorialisation des services complétait ou était préféré aux fonctions de découverte et de recommandation. Or, ce n’est pas exactement le cas pour les applications de programme TV.

L’éditorialisation des applications

Est défini comme éditorial tout ce qui reflète la volonté de mettre en avant un programme ou un sujet. On remarque donc que les différentes applications possèdent très peu de contenu éditorial. Télé Loisirs propose uniquement des actualités en rapport avec la télévision. Télé 7 va plus loin en proposant également des vidéos (des zapping). TV Magazine est l’application qui propose le plus de contenu éditorial avec plusieurs catégories d’actualités (people, divertissement, info, séries, etc.) et même une « Une ». En revanche, Télérama TV et Télé Z n’offrent pas de contenus supplémentaires.

Seul TV Magazine et Télé 7 ont réellement une stratégie éditoriale. En effet, les actualités de Télé Loisirs sont simplement traitées comme un flux, aucune organisation ou traitement n’est effectué. Cet état de fait est étonnant pour des applications émanant de titres de presse. Mais cela reste compréhensible étant donné que ces applications sont gratuites. On comprend donc que l’accès à une grille de programmes TV sert de produit d’appel. Celle-ci est, de toute façon, disponible gratuitement sur de nombreux sites Internet. Confrontée à la perte d’une exclusivité qui faisait auparavant tout l’intérêt de leur hebdomadaire, la presse TV a décidé que sa valeur résidera maintenant dans ses contenus éditoriaux qui, eux, restent payant (et généralement non accessibles depuis l’application).
Mais pour se démarquer d’un simple site Web donnant la programmation des chaînes pour la soirée, certaines applications ont embarqué des fonctions innovantes.

Les fonctions annexes

Concernant ce critère, Télé Loisirs apparaît comme l’application la plus intéressante. En effet, elle permet de programmer l’enregistrement d’un programme sur votre FreeBox depuis la tablette. Les autres applications sont plus frileuses et se contentent de proposer des bandes annonces et des alertes ou de miser sur leurs contenus supplémentaires. Ici encore, les services proposés se révèlent donc très décevants.

L’intégration des médias sociaux

C’est l’aspect des applications auquel je me suis (logiquement) le plus intéressé. Bien entendu, inutile d’attendre un réseau social dans une application. Mais pour une marque comme Télé Loisirs, dont l’audience mobile est de 1,9 million de visiteurs uniques par mois et dont l’application mobile a été téléchargée plus de 4 millions de fois, les médias sociaux représentent une réelle opportunité. Ils peuvent à la fois servir à développer l’audience et la notoriété de l’application tout apportant un bénéfice supplémentaire à l’utilisateur. Et pourtant, l’intégration de Facebook et de Twitter se révèle quasiment inexistante. Les boutons sont là, bien évidement, mais le contenu partagé n’est absolument pas optimisé.

Pas d’image, une description inefficace, et un lien qui redirige vers … la page de téléchargement de l’application et non vers le programme partagé. Sur Twitter, le résultat est tout aussi déprimant :

 

Sur Télé 7, Télé Z et Télérama TV, les programmes ne sont pas partageables. Sur TV Magazine, la partage sur Twitter ne fonctionne pas mais le partage sur Facebook est plus optimisé que sur Télé Loisirs et renvoie bien vers le programme partagé.

Facebook et Twitter n’ont manifestement pas été pris en compte dans le développement de la majorité des applications. Une situation regrettable lorsque l’on observe la convergence des médias sociaux et de la télévision. En tant qu’acteurs installés et ayant une forte légitimité dans le champ de la télévision, les applications de programmes TV auraient peut devenir le fer de lance d’une série de nouveaux usages. Peut-être que ces sociétés attendent avant de recueillir les fruits de l’évangélisation opérée par des applications comme TVCheck ou Teleglu. Ou bien peut-être qu’elles se sont pas encore parvenues à définir leur positionnement dans cet environnement numérique. C’est en effet ce que nous pouvons conclure après l’analyse des différentes applications. Il semble que les applications hésitent entre être une simple grille de programme TV ou un magazine interactif. Mais en aucun cas le rôle du programme TV n’est repensé. De même, sa fonction de découverte et de prescription n’est pas améliorée.